L’Ecole de La Feuillée

Il fallut attendre de nombreuses années après la Révolution pour que les petites communes françaises puissent financer un enseignement primaire balbutiant. Dans le Finistère, un rapport de 1829 recensant les 183 communes qui n’avaient pas encore d’écoles nous indique que La Feuillée, dont les revenus s’élevaient à 1 225 francs par an, ne pouvait financer les 300 francs de salaire annuel d’un instituteur.

Pourtant, la commune fit cet effort en 1830, alors qu’elle n’avait ni local, ni logement pour le maître. Onze élèves purent ainsi assister aux leçons, se serrant dans la maison communale abritant par ailleurs la mairie et le corps de garde, et où l’instituteur dormait le soir venu. Onze feuillantins sur un total de 310 enfants ! En dépit de ces difficultés, les effectifs scolaires augmentèrent rapidement, malgré l’habitude des parents de reprendre leurs enfants au moment des travaux agricoles. Les municipalités firent alors des efforts pour adapter les moyens à ces nouveaux besoins. Déménagements, réparations, l’enseignement républicain coûtait bien cher ! Pourtant ces sacrifices financiers, soutenus par de remarquables maîtres et maîtresses dévoués et convaincus, commencèrent à porter leurs fruits.


Le groupe scolaire inauguré en 1884
(collection Joncour, de Brasparts)

En 1861, 80 garçons et 40 filles fréquentent l’école primaire. Les lois de Jules Ferry dynamisèrent les effectifs  (en 1900, 190 garçons et 182 filles), et poussèrent les communes à s’équiper. La Feuillée décida alors de faire construire un groupe scolaire, un bon investissement, mais un gouffre financier. Les classes se multiplièrent (trois pour les filles, et quatre pour les garçons), un Cours supérieur pour garçons fut créé, puis, entre les deux guerres, un cours préparant au Brevet élémentaire. C’est alors que La Feuillée gagna la réputation d’une commune rurale surdouée, formant des élèves brillants destinés à accomplir des carrières dans la Fonction Publique. Après la Libération, c’est une troisième classe de Cours Complémentaire qui fut ouverte, puis une 4ème, suivie de la création d’un Collège D’enseignement Général mixte en 1959. A partir de cette date, le déclin démographique fit redescendre les effectifs, lentement mais sûrement.

Les instituteurs et les institutrices montrèrent une vocation souvent inébranlable, en dépit de rémunérations inférieures à celles des ouvriers, et des conditions de travail difficiles. Certains laissèrent des souvenirs forts, comme « le Père » Grall, au début du XXème siècle :  Sa classe comprenait plus de 50 élèves. Il y cumulait la préparation du certificat d’études, aux bourses, au brevet élémentaire, à l’école normale, ainsi qu’à divers concours. Il était également secrétaire de mairie, créant par ailleurs une Société forestière pour boiser la commune avec ses élèves. Rude écorce, mais cœur d’or, ses élèves redoutaient sa sévérité et lorsque les jeux devenaient bruyants au bourg, après la classe, un seul coup de sifflet lancé de la route de Pors Clos ramenait rapidement le calme sur la place.


Cahier d’école imprimé au nom de l’école de La Feuillée et de son directeur,
Mr. Pierre Grall (de 1892 à 1925)

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