La Quévaise ou la condition paysanne dans les monts d’Arrée

Le mot quévaise serait une francisation du breton Kevaez, contraction de Ker®maez, qui signifie champs ouverts. Le mot évoquerait alors un paysage ouvert, sans clôture ni talus, domaine de pâtures libres. Désignant à l’origine une terre, le mot s’applique aussi au type de droit lié à cette terre, un mode de fermage propre à la commanderie de La Feuillée ainsi qu’à l’abbaye du Relecq en Plounéour Ménez.

Les Hospitaliers de St Jean de Jérusalem, arrivant à La Feuillée au XIIème siècle, proposèrent ce type de contrat, certifié par un aveu, propre à attirer des défricheurs pour mettre en valeur leurs terres, abritant ceux qui voulaient échapper à la justice royale. Plus intéressant pour le paysan que le système de censive utilisé par ailleurs, où le paysan ne donnait pas que le champart (une partie de la récolte), mais devait une somme d’argent au propriétaire, le contrat de quévaise, sans être une location à vie, était reconductible indéfiniment. Le quévaisier était assuré de pouvoir rester longtemps dans sa tenue sans investissement trop lourd, et il pouvait transmettre ses droits au plus jeune de ses enfants (droit de juveignerie), tandis que le commandeur pouvait compter sur la fidélité d’hommes capables de mettre en valeur des terres réputées pauvres. La quévaise présentait en outre une dimension collective certaine. Des terres étaient données en co-exploitation, les corvées concernaient des travaux communautaires. Les défrichages se faisaient en commun, et surtout les plaids, sortes d’assemblées communales, traitaient des affaires en suspens.

PAGES D'HISTOIRE : la Feuillée au vent de l'histoire
Pendant la guerre de succession de Bretagne, les campagnes furent dévastées. La population diminua, des quévaises furent abandonnées, la vigilance des Hospitaliers se relâcha. Les quévaisiers respectèrent de moins en moins la rotation des sols, surexploitant les parcelles proches de leurs domiciles. Chacun eut tendance à fermer ses champs d’un talus au lieu d’une clôture plus précaire, le bocage grignotant les champs ouverts. La paix revenue, les quévaisiers considérèrent ces changements comme des avantages acquis. Ils furent réticents à cultiver des parcelles éloignées de leurs maisons et ne virent pas d’un bon œil la venue de nouveaux quévaisiers. Les commandeurs espacèrent leurs visites, déléguant leur autorité aux procureurs et aux fermiers généraux. Après 1789, les biens des Hospitaliers furent confisqués et vendus en biens nationaux. L’assemblée législative, en 1792, consacra l’accession du quévaisier au régime commun, le rendant propriétaire sans aucun déboursé.
courriel

Contrat d’aveu
(acte d’engagement du vassal au seigneur et réciproquement), première page d’un ensemble de vingt feuillets, énumérant les 13 articles de l’usement de quévaise, daté du 4 juin 1774